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La jeunesse gronde partout en France en ce mois d’octobre 2026

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Au-delà de la colère légitime contre la vie chère et pour des conditions d’études dignes, un lien profond et systémique unit la précarité croissante, la situation alarmante des enfants de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et les mobilisations en cours.

Cette colère trouve un écho plus fort chez les plus vulnérables.

Comme je l’ai rappelé en commission des affaires sociales le jeudi 21 octobre, la précarité frappe de plein fouet les mineurs et les jeunes adultes les plus fragiles. Le manque de moyens et de personnels dans la protection de l’enfance laisse encore trop de jeunes sans repères ni perspectives d’avenir dignes de ce nom.

Privés de filets de sécurité familiaux ou institutionnels efficaces, beaucoup de ces jeunes aux parcours marqués par les ruptures sont pourtant totalement légitimes à réclamer le droit à un avenir, comme tous les autres enfants de cette Nation.

Il serait temps de convenir d’une évidence : protéger la jeunesse, ce n’est pas seulement répondre à l’urgence dans la rue, c’est d’abord garantir à chaque enfant des conditions de vie dignes, une protection effective et un accompagnement solide vers l’autonomie.

La fin de la prise en charge à 18 ans : la fabrique de la précarité

La vague de contestation actuelle, partie des outre mers dès le mois de septembre, plus précisément de Mayotte, avant de s’étendre aux lycées de l’hexagone, puis aux universités, est massivement portée par la jeunesse des quartiers populaires et les étudiant.es les plus précarisé.es.

Cette contestation donne à voir souligne avec force les angoisses d’une jeunesse confrontée à la vie chère, à la précarité et à l’incertitude de son avenir.

Mais une autre catégorie de jeunes demeure largement absente du débat public.  Ainsi, peu de médias évoquent la situation pourtant évidente des jeunes majeurs sortant de l’ASE, qui cumulent pourtant précarité financière, difficultés d’accès au logement et absence de filet familial. Leur difficulté rejoignent pourtant directement les revendications exprimées dans la rue : pouvoir se loger, étudier, se nourrir et construire un avenir.

Leurs revendications, bien que spécifiques, ont plus que jamais  leur place dans le débat actuel. Les mots d’ordres généraux sur le coût de la vie, le logement et le manque de moyens dans l’éducation, les touchent de manière encore plus violente.

En effet, bien que la loi n°2022-140 du 7 février 2022, dite loi Taquet encadre théoriquement l’accompagnement des jeunes majeurs jusqu’à leur 21 ans, la réalité du terrain en 2026 montre des dotations insuffisantes et donc une prise en charge inégale selon les territoires, avec parfois un couperet dès la majorité.

Dans son rapport publié en septembre 2025, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) souligne précisément ces disparités : dans les quatre départements contrôlés, le taux de poursuite de l’accompagnement en accueil provisoire jeune majeur variait de 29 % à 71 % en 2023. Le rapport relève en outre que des durées d’accompagnement et des pratiques de renouvellement très variables. Pour une mobilisation collective en faveur des jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance | Igas

Ces constats sont alarmants. Ils prouvent que le droit à l’accompagnement ne garantit pas encore une protection effective sur l’ensemble du territoire.

Le Collectif Cause Majeur ! alerte lui aussi sur les insuffisances et les inégalités territoriales dans la mise en œuvre de la loi Taquet. Le Collectif explique notamment, dans sa 4ème enquête nationale publiée en février 2026, que les départements refusent parfois l’accompagnement pour des motifs illégaux liés pêle-mêle à : l’absence de projet, la mobilité territoriale, le manque de place ou de professionnel.les etc Loi du 7 février 2022 4 ans après, l’accompagnement des jeunes majeur·e·s demeure insuffisant et inégal en France

Alors que l’accompagnement doit précisément permettre aux jeunes de construire progressivement leur projet de vie.

Un amendement pour 800 millions d’euros pour garantir un accompagnement digne

L’argument usé et usant du manque de moyen reste inaudible et ne peut plus suffire à justifier l’inaction s’agissant de l’avenir de cette jeunesse déjà éprouvée par la violence institutionnelle.

C’est pourquoi, lors des débats sur le projet de loi de finances pour 2027, notre groupe Écologie et Social suggère, dans le cadre d’un amendement (amendement n° I-3859 rectifié) :

  • la création d’un fonds de dotation dédié à hauteur de 800 millions d’euros supplémentaires. Et cela n’a rien d’une lubie irréaliste puisque dans le cadre du budget 2027, l’Assemblée a adopté le 27 octobre 2026 un amendement de 800 millions d’euros pour les jeunes majeurs.
  • l’obligation de fléchage budgétaire pour obliger l’Etat à financer directement la mesure avec pour destination exclusive (fléchage strict) : l’accompagnement vers l’autonomie des 18-25 ans, bloquant ainsi toute possibilité pour les collectivités locales d’utiliser cette aide pour d’autres dépenses.

La seule boussole doit être de donner aux acteurs de la protection de l’enfance les moyens nécessaires pour proposer un accompagnement digne, effectif, continu et adapté aux besoins de chaque jeune.

Pour rappel, l’enveloppe d’État plafonne actuellement à 50 millions d’euros pour tout le pays.

Notre proposition prévoit :

  • Une première enveloppe de 500 millions d’euros dédiés spécifiquement à la sécurisation des parcours
  • Le reste de l’enveloppe permettant d’étendre et de rendre opposable le droit à l’accompagnement (les acteurs associatifs ainsi que les parlementaires plaident d’ailleurs pour pousser cette prise en charge jusqu’au 25 ans afin de s’aligner sur l’âge réel d’autonomie des jeunes en France).

C’est ainsi que la fin de la prise en charge à 18 ans devient un véritable couperet, souvent désastreux : perte d’hébergement, difficultés financières, interruption des études, renoncement aux soins etc. Et c’est ce qui explique qu’un quart des SDF de moins de 25 ans soient des jeunes majeurs issu.es de l’ASE Pour une mobilisation collective en faveur des jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance | Igas

La précarité des jeunes sortant de l’ASE ne peut être une fatalité. Nous devons repenser collectivement les moyens de prévenir les ruptures de parcours et garantir une véritable continuité de la protection. Et surtout, nous devons agir en amont avant de laisser s’accumuler les besoins auxquels les dispositifs d’urgence, tout aussi sous-dotés, devront ensuite répondre.

Cette première bataille, nous venons tout juste de l’avons remporté avec l’adoption de cet amendement à hauteur de 800 millions d’euros par le Parlement, dans le cadre du budget 2027.

Alors, que la colère sociale en France agrège donc un front uni mêlant lycéens, étudiants et gilets jaunes, il est primordial de ne pas oublier ces jeunes dont la vulnérabilité demeure encore trop souvent invisible.

La mobilisation institutionnelle

Ces jeunes sont désormais aussi mobilisé.es sur un terrain strictement institutionnel, législatif et de plaidoyer.

C’est pour cela que, comme plusieurs de mes collègues, nous mobilisons toute notre énergie sur l’examen à l’Assemblée nationale, prévu ce 29 octobre 2026, d’une proposition de loi visant à protéger durablement les jeunes (ASE et PJJ) et à rendre opposable leur accompagnement jusqu’à leurs 25 ans. Protéger durablement les jeunes majeurs de l’aide sociale à l’enfance et de la protection judiciaire de la jeunesse – Dossiers législatifs – 17e législature – Assemblée nationale

Ce texte, porté par Marianne Maximi et élaboré avec le collectif Cause Majeur !, je l’ai cosigné et le défendrai en tant que cheffe de file au nom du groupe Écologiste et Social.

Si les cortèges réclament d’abord la justice sociale et des conditions d’études dignes, notre responsabilité politique est également d’exiger, pour cette jeunesse plus vulnérable une protection durable et inconditionnelle jusqu’à leur insertion réelle.

On ne peut pas régler la précarité de la jeunesse en ignorant ces enfants les plus vulnérables, les enfants que la Société a précisément pour rôle de protéger (telle est censée être la mission de l’ASE).

Et aujourd’hui, il faut donc être à leur écoute notamment sur deux points essentiels :

  • La fin des sorties sèches à 18 ans.

Il s’agit d’une demande historique et une demande de bons sens. L’autonomie ne se décrète pas à la majorité.

Prolonger de manière obligatoire l’accompagnement et la protection de l’Etat jusqu’à l’âge de 25 ans permettrait de sécuriser leur avenir. Il n’est pas question de maintenir ces jeunes indéfiniment dans un dispositif de protection, mais de leur donner les moyens de construire progressivement leur avenir. Etre l’arc stable qui les propulse vers le futur (Khalil Gibran).

  • L’interdiction absolue de l’hébergement à l’hôtel.

Ce recours aux hôtels sociaux est dangereux et inadapté pour les mineurs et les jeunes majeurs.

Il les expose inutilement à l’isolement et à des réseaux criminels d’autant plus que les moyens de surveillance et de suivi sont insuffisants.

Nous avons tous et toutes en tête le drame de Lily, 15 ans, livrée à elle-même et retrouvée pendue dans sa chambre d’hôtel le 25 janvier 2024 à Aubière (Puy de Dôme). C’est un rappel tragique des conséquences que peuvent avoir les défaillances de la protection de l’enfance. Lily, 15 ans, morte dans un hôtel : questions sur un « échec collectif » de la protection de l’enfance

Comme nous sommes tous et toutes retourné.es à l’idée des réseaux de prostitution qui gravitent autour de ces hôtels en prenant pour proie des enfants.

En tant que députée et membre de la Délégation aux droits des enfants de l’Assemblée nationale, je me suis fortement investie, ainsi que mes collègues, sur cette proposition de loi visant à porter les revendications des collectifs et des associations des anciens enfants.

Il est essentiel que la parole des concerné.es soit entendue et ne plus abandonner ceux et celles que la Société a pour devoir de protéger.

Dans l’émission Affaires Sensibles diffusée ce 14 octobre 2026, Lyès Louffok, militant pour le droits des enfants, revient sur la situation des enfants placés et des jeunes majeurs sortant de l’ASE.

Son intervention évoque notamment l’abandon institutionnel et le sentiment que certaines vies comptent moins que d’autres. Comme il le précise, la Société se mobilise lorsqu’il y a « danger » mais une fois confié à l’institution, elle les oublie L’invité : Lyes Louffok, milit…–Affaires sensibles – Apple Podcasts

Il est donc temps de voir plus loin pour sortir de cette crise sans oublier ces autres enfants, tout aussi dignes de notre attention et de notre solidarité.

Comme le souligne le Collectif Cause Majeur ! améliorer la prise en charge actuelle représente certes un effort budgétaire immédiat, mais en investissant plus pour chaque jeune, la société évite le coût exorbitant des hébergements d’urgence, de la précarité médicale et cela génère à moyen et long terme un bénéfice net réel par individu grâce à son insertion professionnelle. Ce n’est donc pas une dépense supplémentaire à réduite, mais un investissement nécessaire et utile.

La jeunesse de France réclame un avenir. Notre responsabilité est de faire en sorte que cet avenir ne soit pas un privilège réservé à certain.es mais un droit garanti à toutes et à tous. Car si nous ne pouvons pas assurer un avenir désirable aux plus faibles de notre société, nos combats demeureront bien vains… Et cela n’est pas acceptable. Donc nous ne l’acceptons pas !

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